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Un Hiver à Paris - François-Xavier Josset (2013)

Publié par Colin, un passager parmi tant d’autres… sur 12 Novembre 2013, 20:42pm

Catégories : #critique, #avis, #livre, #françois-xavier josset, #justin(e), #F.I.K.C.E., #un hiver à Paris, #IREADBOOKS

Un Hiver à Paris - François-Xavier Josset (2013)

Ayant signé de sa brillante plume quelques petites pépites parnassiennes telles que une ôde à la mort pour le combo de punk rock Nantais JUSTIN(E) dans lequel il opère à la batterie et d’autres chansons à textes notables comme Saint-Nazaire et Colomba pour les Diego Pallavas (ou bien encore Le Déclin pour Mon Autre Groupe), François-Xavier Josset plus communément surnommé F.I.K.C.E. vient récemment de sortir son premier roman intitulé Un Hiver à Paris aux éditions IREADBOOKS.

L’idée qu’un univers tel que le sien, la poésie de ses mots, virulente et légère à la fois laissée en mise en bouche dans les chansons citées au-dessus puisse être transposée sur la longueur d’un roman ou d’une nouvelle, a forcement suscité chez moi la curiosité. Je me suis donc procuré il y a deux jours lors d’un concert ce premier jet de bile noire et que j’ai lu quasiment d’une traite.

Le regard F.I.K.C.E :

Un Hiver à Paris, c’est la plongée dans l’esprit et le quotidien d’un jeune adulte qui suite à une initiative volontaire de rupture avec sa petite amie, famille et amis pour fuir un sentiment d’existence ordinairement ennuyeux et vide, s’installe à Paris. S’en suivent alors les descriptions d’un quotidien monotone, de déambulations nocturnes, une quête d’espoir et de son être, entre cris du cœur et silences d’écorché.

Fiction probablement puisée dans les tréfonds de l’expérience personnelle de l’auteur au sein de la Capitale. On assiste l, à une dissection à cœur ouvert de la ville de l'Amour et de ses artères crasseuses. Aux yeux du narrateur, la cité qui a vu naître les Lumières n’y est plus qu’au mieux un pétard foireux d’où jaillit à peine une étincelle d’espoir, voire d’esprit, tant celle-ci est asservie à la « Raison » du grand Capital au détriment d’une quelconque idée du bonheur.

Une fois passé le postulat de départ, on se prend assez vite au cynisme misanthrope et aux jeux de massacre acerbes du narrateur relatant sur 207 pages, au long d’une pérégrination Hivernale, la démythification par la face sombre d’une Capitale branchée, frivole et superficielle. Le tout noircit par la violence des mots et des formules dont le narrateur n’est pas avare, il habille une succession de chapitres, où chaque paragraphe sonne la note d’une symphonie tragique qui nous berce avec lui dans ses descentes aux enfers personnels. C’est un autre Paris que celui de Robert Doisneau ou d’Audiard que nous dresse ici F-X Josset, on pense de loin à Henry Miller, Chuck Palahniuk, John Fante et aussi peut être un peu, par cet aspect de tout noircir à L-F Céline l’immense, dans un Paris actuel.

Le roman est une introspection par le prisme du glauque des transports en commun, de la jeunesse « clubeuse » et des nuits parisiennes; de l’urbanisme, du logement, de la condition sociale des salariés du tertiaire, du consumérisme, des rapports amoureux, humains et professionnels dans toute leur complexité et leur violence ainsi que les dérives psychologiques et la solitude.

D’une volonté de renaissance à l’apocalypse métaphysique :

L’aspect vindicatif et de la forme dépassés, il en reste l’intérêt de ce livre, toute la profondeur omniprésente en toile de fond, filigrané dans les mots; une sérieuse satyre sociétale, sociologique et voir même humblement, des aspects philosophiques auxquels nous sommes conviés à méditer en seconde instance lors des questionnements existentiels du narrateur. Flirtant entre questionnements sur la condition humaine (Le Mythe de Sisyphe de Camus) et négativisme.

Stylistiquement, ça reste assez classique dans la forme mais réellement crédible et très agréable à lire. Le rythme s’impose assez vite, il y a un certain sens de l’aphorisme et du bon mot qui mérite d’être souligné. Il y a une maîtrise de la mécanique du texte, étrangement plus par endroits qu’ailleurs selon les thèmes. Comme tous les lecteurs, on n’est jamais complètement satisfait. J’aurais aimé quelques envolés allégoriques et poétiques (notamment lorsqu’il relate sa solitude affective) qui auraient réduit ou limité certaines descriptions dont la sophistication à quelques rares exemples, peut s’avérer être un frein à l’émotion émanant du texte. C’est vraiment le seul petit point noir sur ce tableau qu’est Un Hiver à Paris. Ceci étant mon prétentieux avis de lecteur vous en conviendrez.

Qu’on se le dise, Un Hiver à Paris est un pari réussi. François-Xavier Josset signe là une fable pataphysique qui suinte la sincérité et la crédibilité chez le lecteur. On y croit même dans les plus subtils aspects de la fiction. Il réussit un véritable tour de force pour un premier livre sans prétention, c’est assez remarquable sur le fond tant on peut se reconnaître dans son ressentiment et ses constats.

Chapeau l’Artiste !

J’espère vous avoir donné envie de vous procurer le roman sur le site de http://canisayrecords.com pour la maudite somme de 7 euros(+ frais de port) ou bien sur une distro de concert.

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